MONGOLIE - A cheval à l'infini
Vert comme les steppes, bleu comme le ciel, blanc comme le lait, les moutons et les yourtes, orange comme le soleil et rouge comme les joues fouettées par le vent. La Mongolie, pays des espaces infinis, des nomades et des chevaux, révèle en fait toutes ses couleurs.
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Il est 06h00, le ciel est rouge, nous allons bientôt atterrir à Oulan-Bator…
Par le hublot j’aperçois les plaines qui s'étendent à l'infini telles les vagues des océans et je m’imagine déjà à cheval dans ce décor gigantesque.
Yourtes et talons hauts
C’est sous un beau soleil que nous découvrons la ville d’Oulan-Bator.
En pleine explosion depuis quelques années, la ville est un chantier permanent où les immeubles poussent comme des champignons. Dans le centre ville, les gratte-ciel en verre côtoient les petites boutiques et les jeunes filles en minijupe et talons hauts croisent sur les trottoirs défoncés les nomades en habits traditionnels.
Attirés par la vie moderne et les promesses de croissance, ils ont quitté leur campagne et installé leurs yourtes blanches sur des petits terrains aux abords de la ville.

Thé, vodka et rivières
Ce matin nous chargeons notre mini-van russe tout rond et partons vers l’Ouest en direction de l’Arkhangai où nous attendent notre premier campement et les chevaux.
C’est dans un embouteillage de camions et de 4x4 luxueux que nous quittons le brouhaha de la ville et commençons notre longue route chaotique au milieu des steppes.
A mi-chemin nous nous arrêtons déjeuner au restaurant routier local, les « cantines ». Des petites cabanes en bois de couleurs, où l’on sert les plats traditionnels à base de mouton. Sur la table, des petits bol et un thermos de thé mongol. Plus proche du goût du lait chaud, c’est en réalité du lait dilué dans du thé vert peu infusé et légèrement salé. A coté de nous, deux hommes mangent une soupe accompagnée d’une bouteille de vodka chacun. Ici on achète plus facilement de l’alcool qu’un jus de fruit, d’ailleurs sur l’étagère derrière le petit comptoir du restaurant, on propose des bonbons, des cigarettes et …de la vodka. Cet alcool, apporté par les russes, est très apprécié et le plus consommé du pays.
Encore quelques heures de route chaotique puis nous empruntons une piste qui nous mène au cœur de la steppe. Nous arrivons au campement alors que le soleil est en train de descendre derrière les montagnes. La lumière rase se reflète dans la rivière au bord de laquelle les chevaux se reposent. Tout est calme, paisible et tellement beau…

Au grand galop
Après une première journée à se relaxer dans une agréable source d’eau chaude et à profiter des environs pour s’habituer au rythme de nos petits chevaux, nous quittons le camp pour commencer notre grand périple à cheval.
En longeant la rivière, nous avançons dans des paysages plutôt « alpins », entre rocaille et forêts de pins et de mélèzes. Le pied sûr et alerte, les chevaux avancent rapidement, grimpent et dévalent les collines sans hésitation. Même un immense troupeau de chèvres et de moutons ne peut les perturber.
Pleins de fougue et d’énergie, ils se lancent dans des galops effrénés, sur des distances à perte de vue et sans aucune retenue. Je me laisse griser par cette euphorisante impression de liberté !
Les paysages défilent et se succèdent. Après les vertes vallées où serpentent les rivières, nous parcourons des prairies aux herbes hautes et sèches qui font penser aux plaines africaines.
Un troupeau de Yak s’abrite du soleil sous les branches de petits arbres secs.
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Hospitalité légendaire
Le soleil tape et les chevaux ont chauds. Nous nous arrêtons pour le déjeuner chez une famille de nomades. Nous attachons les chevaux à côté du coral à une corde tendue Est -Ouest entre deux piquets. Les nomades qui utilisent leur cheval plusieurs fois dans la journée pour regrouper le bétail l’attachent ainsi ou à un piquet et ne le de-selle qu’une fois la journée achevée.
A peine sommes-nous arrivés qu’un jeune garçon aux pieds nus s’avance, détache son jeune cheval et saute dessus à cru. Ici les enfants se mettent à cheval comme ils apprennent à marcher et « Chu ! » il part au grand galop très loin à l’horizon.
Nous sommes accueillis dans une des yourtes par une jeune femme au sourire timide. Son mari et les autres hommes de la famille, qui habitent dans les yourtes voisines, sont absents, partis chercher du bois pour l’hiver.
Ce sont certainement ces hivers longs et rudes qui ont donné aux nomades l’idée d’amener le soleil à l’intérieur de leur maison. Tout est très coloré : la structure en bois et les meubles sont peints en orange et décorés de dessins acidulés, les murs sont tendus de tapis et de tissus à fleurs et le petit hôtel dédié à Buddha ainsi que les cadres de photos font partis de la décoration.
Dans ce décor gai et bariolé, la belle-maman, joues rouges et regard malicieux, ressemble à une poupée dans son habit traditionnel de soie verte.
Assis autour du poêle central, on nous offre un bol de thé mongol et différentes sortes de fromages plus ou moins secs ou sucrés. Le lait est, avec le mouton, un des éléments essentiels de la nourriture mongole. Pour le conserver tout l’hiver, alors qu’à des températures de -30 ou - 40°C le bétail ne se nourrit pratiquement plus et ne produit plus, ils le font bouillir, fermenter et sécher et le consomment ainsi toute l’année sous forme de fromage, de yaourt ou d’Airak (lait de jument fermenté et légèrement alcoolisé).
En échange de leur lait, nous partageons avec eux le déjeuner.
L’hospitalité mongole n’est pas une légende, ils ont peu et le donnent volontiers.

Peuple cavalier
La chevauchée reprend de plus belle enchaînant courses et montées de col. La résistance de nos petits chevaux nous impressionne. Infatigables, ils soufflent mais ne cessent d’accélérer.
En haut du col qui nous sépare de notre campement, une vue extraordinaire s’ouvre devant nous. La lumière du soir éclaire les petites yourtes blanches posées ça et là le long de la rivière dans une vallée immense entourée de montagnes.
Le matin nous nous réveillons au milieu d’un impressionnant troupeau de chèvres et de moutons. Deux garçons à cheval les ont amenés jusqu’à nous. Ils s’amusent et jouent aux acrobates sur leur monture.
Nous quittons le camp et poursuivons notre avancée entre rivières et vallées verdoyantes.
Alors que nous paraissons seuls au milieu des ces immensités, un cavalier s’approche de nous, son « urga » sous le bras : Vêtu de l’habit traditionnel de soie orange, du petit chapeau de feutre et de la pipe dans les bottes, il part rassembler ses chevaux à l’aide de l’urga, cette longue tige en bois.
Bien que les troupeaux dépassent parfois les 60 têtes, les nomades connaissent chacun de leurs chevaux et les identifient selon leur robe. Les chevaux clairs sont particulièrement prestigieux et surtout les blancs, couleur de la pureté, sont considérés comme venant des dieux.
Pour ce peuple cavalier, c’est surtout l’endurance et la rapidité de leur cheval qui fait leur fierté. Les courses de poulains et de chevaux sont d’ailleurs les plus populaires lors des fêtes du Nadaam.
Cette fête nationale qui célèbre l’anniversaire de la révolution mongole de 1921, se déroule officiellement mi-juillet. Mais elle marque aussi certains évènements comme aujourd’hui, veille de la rentrée scolaire, où une sorte de sorte de « mini Nadaam » est organisé.
Un groupe d’enfants est rassemblé pour une épreuve de lutte tandis que les cavaliers s’éloignent sur une dizaine de kilomètres pour revenir ensuite lancés au plein galop. Fair-play, les récompenses seront distribuées au premier et au dernier arrivé.

Bouddhisme et billard
Nous sommes à Karakhorum, l’ancienne capitale de l’Empire mongol, du temps de Genghis Khan. Juste à l’extérieure de la ville, le temple d’Ederne zuu est incontournable.
Pendant que nos chevaux reprennent des forces, nous allons visiter ce sanctuaire bouddhique qui fut durant des siècles le plus important de Mongolie. Entouré d’un immense mur blanc aux 108 stupas, il est impressionnant d’imaginer qu’il y a seulement une soixantaine d’années, cette enceinte abritait 62 temples et des milliers de moines. En 1939, la purge communiste entraîna la disparition de centaines de monastères en Mongolie et la mort de plus de dix mille moines. Aujourd’hui le monastère a retrouvé son aspect religieux et les trois temples restant sont devenus des musées.
Nous terminons notre journée au marché de Karakhorum, gai et animé : on trouve de tout dans ces petites échoppes fabriquées avec des conteneurs. Mais les attractions amusantes sont bel et bien ces tables de billards où des joueurs de tous âges et de tous horizons se côtoient : des enfants jouent en tenant la queue à l’envers (oui, c’est plus facile !), un jeune couple a posé son bébé sur la table, un groupe de jeunes au look branché tente d’impressionner des jeunes filles qui comparent leurs achats de nouvelles boucles d’oreilles. Ambiance un peu décalée et bon enfant !

La steppe
Le lendemain, nous quittons Karakhorum et en même temps la région de l’Arkhangai pour nous enfoncer dans la steppe. Un paysage plat et sec, qui fut autrefois cultivé par de grosses exploitations soviétiques. A leur départ, les nomades les ont abandonnées et certains les utilisent pour faire sécher leur foin pour l’hiver.
Nous avançons dans ce paysage sans fin. Le soleil chauffe et éclaire d’une lumière écrasante les herbes jaunies. L’eau se fait rare et c’est dans un puit, au milieu de cet horizon infini, que nous allons abreuver les chevaux. Ce soir nous nous endormons sous les étoiles, sonnés, comme des naufragés dans une mer aride.
La traversée de la steppe est encore une excellente occasion de s’en donner à cœur joie avec les chevaux. Ces derniers jours ils sentent le chemin du retour et redoublent d’énergie. Quelles belles images que ces courses au galop, lancées jusqu’à l’horizon !

Un oasis de sable
Peu à peu le paysage change. Au loin nous apercevons les dunes de sable.
Aujourd’hui nous avons l’impression de traverser plusieurs régions ou pays.
Nous abordons d’abord des collines arides, plantées de buissons et d’arbres secs. Ca monte et ça descend et les chevaux avancent courageusement. Dans ce paysage chaotique, nous avons la chance de croiser un troupeau de chameaux. Impassibles, ils observent nos montures et continuent leur chemin. Quel étrange animal !
Le paysage devient plus montagneux et plus boisé puis nous arrivons à un lac sacré qui est en fait un grand marécage où des chevaux sauvages se rafraîchissent.
Nous retraversons à vive allure de grandes étendues herbeuses jusqu’en haut d’une colline. De là, le contraste est saisissant entre la verte vallée et les dunes de sable, comme un oasis inversé. On fonce droit devant sur les dunes, les chevaux s’enfoncent jusqu’aux genoux. On se croirait en plein Sahara…

Cheval et liberté
Les dunes retombent brutalement dans la vallée et c’est en longeant la rivière que nous rejoignons tranquillement le campement posé au pied d’une montagne.
Un troupeau de chevaux de toutes les couleurs est dispersé au bord de l’eau et sur les îlots de verdures aux alentours. Ils nous regardent, s’éloignent, se bousculent. Les poulains tout ébouriffés lèvent leurs petites têtes pour ne pas se perdre dans ce mouvement. Parfois ils s’avancent à deux pour se donner du courage puis rejoignent rapidement le groupe.
Je pourrais rester là des heures entières à les observer, les photographier.
C’est si beau de les voir vivre entre eux, galoper et jouer en toute liberté.
S’il ne devait me rester qu’une image de ce voyage ce serait certainement celle-là :
Le soleil couchant, les chevaux, la liberté, le rêve…

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